jeudi 2 juin 2016

La Maison dans laquelle / Mariam Petrosyan - Monsieur Toussaint Louverture, 2016


Dans la Maison, si vous atteignez vos dix-huit ans, c'est transformé à jamais et effrayé à l'idée de devoir la quitter.
Ode à l'enfance et à l'adolescence, à l'imagination et à la peur de vieillir, "La Maison dans laquelle" est un pavé à savourer lentement. Les enfants y ont créé leur monde, leur société, différents gouvernements. Chaque microcosme y est unique, chaque personnalité extrême. L'on y suit plusieurs personnages, à divers moments de leur passage dans la maison.
Il y a ceux qui ont fait de la maison une forêt.
Il y a ceux qui ne s'y sentiront pas chez eux.
Il y a ceux qui y ont trouvé leur famille.
Il y a ceux qui n'en partirons jamais.
Il y a ceux qui ne se rappellent pas d'avant, et ceux qui viennent d'arriver.
Ceux qui ne marchent pas, qui n'ont pas de bras, des violents, des philosophes, des taiseux.
Ceux qui auraient dû mourir, ceux qui n'appartiennent pas à notre monde, des sirènes, des corneilles, des chiens et même des phœnix.
Ceux qui ne peuvent avancer sans règles strictes, et ceux qui ne fonctionnent que dans le chaos.

Excellent et difficile. Plongez.

jeudi 26 mai 2016

L’atelier des poisons / Sylvie Gibert – Plon, 2016.





Paris, 1880. La jeune Zélie n’est pas très à l’aise lorsque le commissaire Alexandre d’Arbourg lui commande un portrait de sa filleule tout en l’enjoignant de jeter un œil sur la maisonnée de son cousin, que quelqu’un a tenté d’empoisonner. Elle exigera de lui qu’il retrouve l’enfant de Rosalie, la nourrice dont elle fait le portrait.

L’auteure immerge son lecteur dans un Paris artistique et sexiste, minutieusement reconstitué. On traverse, ainsi, le quotidien des femmes peintres de l’académie Julian. L’auteur détaille la façon dont les femmes peintres étaient déconsidérées, ainsi que les rouages du Salon, qui ne mettait en valeur que les œuvres figuratives signées par des hommes et dépréciait grandement les nouveautés, comme les toiles impressionnistes – ou les peintures réalisées par des femmes. L’intrigue nous fait également découvrir le quotidien d’une famille bourgeoise et, surtout, quelques aspects des bas-fonds et autres quartiers des masses laborieuses.

Tous les mystères s’entrecroisent et constituent une toile solide : si l’enquête ne prend jamais le pas sur la toile historique, elle entretient habilement le suspens.

C’est donc un roman historique et policier comme on aimerait en lire plus ; regorgeant de suspens, il laisse pourtant la part belle à l’ambiance historique, avec un luxe de détails dans le Paris du 19ème siècle.


5/5 
Emmanuelle Liégey, lectrice

jeudi 12 mai 2016

Un homme à histoire/ Patrick Rotman. – Seuil, 2016.



Milieu des années cinquante… François Mitterrand n’a pas quarante ans, mais déjà il ambitionne les sommets de l’Etat. Mille histoires se tissent autour de lui, qui se trouve au cœur de tous les scandales défrayant la chronique. Vingt ans plus tard, un homme qui l’a bien connu raconte ces folles années qui précédèrent le retour de De Gaulle au pouvoir.

Le vrai roman d’une époque où se croisent des personnages bien réels.

4/5 
Emmanuelle Liégey, lectrice
 

jeudi 5 mai 2016

La femme sur l’escalier / Bernhard Schlink – Gallimard, 2016





Un riche homme d’affaires achète le portrait de sa femme peinte nue descendant un escalier. L’artiste qui a peint cette toile, et qui est aussi l’amant de la femme, n’a de cesse d’abimer son tableau jusqu’à ce qu’il retrouve l’inspiration. Un jeune et talentueux avocat est embauché pour régler le différend entre ces deux hommes. Il aide finalement la femme dont il est tombé éperdument amoureux à s’enfuir avec la toile mais elle le trahit aussi et disparait. Bien des années plus tard, alors qu’il se trouve en Australie, il voit le tableau dans une galerie d’art. Il décide de rester et de rechercher la femme, Irène. La présence du tableau de ce peintre devenu célèbre est annoncé dans les journaux , aussi, le mari et le peintre se retrouvent eux aussi à Sydney.Irène apportera-t-elle les réponses à toutes leurs questions ?
Un beau roman qui nous parle d’amour, et des interrogations qui traversent parfois nos existences, est-ce que les choses auraient pu être différentes si…
roman adulte


3/5 
Danielle – Médiathèque de Saint Germain de la Grange



jeudi 28 avril 2016

Pur / Antoine Chainas – Gallimard, 2013



Grand prix de la littérature policière 2014

« Pur » qui vient de paraître, tranche dès le titre, Chainas dépouille sa phrase, se tient volontairement à distance. Son roman n'en est que plus glaçant. Il s'organise autour d'une de ces propriétés privées qui fleurissent un peu partout, au Brésil, aux États-Unis, et maintenant en France, dans le Midi en particulier,  près de Nice par exemple. Des propriétés fermées, habitées par les plus riches, gardiennées jour et nuit, surveillées en permanence par des caméras…

Enfermement, mutilation des corps, ségrégation sociale, toxicité du monde contemporain, Chainas ne lâche rien. Et ce nouveau livre, à l'instar des précédents, ne cesse d'intriguer.
Politique bien sûr, philosophique aussi et même métaphysique.

4/5 Emmanuelle Liégey, lectrice

jeudi 21 avril 2016

Un mirage finlandais / Kjell Westö – Autrement, 2016




Matilda est une sténodactylo hors pair. Elle travaille à Helsinki pour l'avocat Claes Thune. Ce soir de mars 1938, le « Club du mercredi » un groupe de gentlemen qui se retrouvent chaque mois pour refaire le monde est réuni dans le cabinet de son patron. Soudain, Matilda reconnaît la voix d'un homme qu'elle aurait préféré oublier. La vengeance n'est-elle pas un plat qui se mange froid ?

Un roman historique, qui montre magnifiquement l'atmosphère de peur qui règne à ce moment-là, dans une Finlande coincée entre l'URSS stalinienne et l'Allemagne nazie.
Les personnages vont découvrir les affrontements entre les groupes sociaux et les enjeux du conflit mondial qui se prépare.
Les évocations historiques sont réussies, notamment quand il est question de cet épisode peu connu en France, de la guerre civile de 1918 en Finlande, quand les communistes finlandais, soutenus par les Soviétiques, affrontaient les contre-révolutionnaires aidés par l'Allemagne.
Un peu long par moment mais nécessaire à l’évocation historique.

4/5 Emmanuelle Liégey, lectrice

jeudi 14 avril 2016

Block 46 / Johana Gustawson - Bragelonne Thrillers, 2015, 20€


Alexis Castells, écrivaine de polar dont l'amie vient d'être assassinée. Londonienne mais française, écorchée depuis le meurtre de son compagnon 7 ans auparavant.

Emily Roy, profileuse de génie, canadienne, indépendante, froide, travaillant pour la police de Londres.
Le deux femmes se retrouvent en Suède, autour d'une enquête sur des meurtre d'enfants entre Londres et la Suède. Liée de près ou de loin à l'histoire d'un déporté durant la 2de GM...
Elles seront d'une aide précieuse à l'équipe suédoise. Chacune a sa manière, avec son passé menaçant de resurgir à tout instant, elles mèneront la recherche du tueur en série jusqu'à sont aboutissement, quel qu'il soit.

J'ai aimé la forte présence de ces deux femmes que rien ne semble lier, mais qui ont une sorte de compréhension mutuelle. De caractères opposés, elles permettent une certaine identification.
Emily m'a personnellement touchée : par son caractère associal, à la limite de l'autisme, ne se montrant compréhensive qu'auprès de témoins potentiels, et sa présence asexuée qui n'auranit sans doute pas pu être écrite par un homme.

M.P.